Au temps du roi de Juda Ezéchias

et du roi assyrien Sennachérib

le sceau d'ezechias

Selon la Bible, Ézéchias régna de 716 à 687 environ avant J.-C. Son règne fut long et prospère ; Ézéchias agrandit la capitale de son royaume, Jérusalem, afin d’accueillir les nombreux Israélites venus s’installer en Juda suite à la destruction de leur royaume par les armées assyriennes vers 722. Ézéchias lui-même résista aux troupes assyriennes qui assiégèrent Jérusalem vers 701. Afin de résister au siège des Assyriens, il réalisa d'importants travaux pour la défense de la ville, notamment en construisant une grande muraille et un canal permettant d'accéder à la source (2 Rois 20,20). La Bible présente sa victoire comme signe de la faveur divine, évoquant à plusieurs reprises sa fidélité à Yahwé, le dieu d’Israël. Ainsi apprend-on par exemple qu’Ézéchias fut l’auteur d’une réforme religieuse visant à mettre fin aux pratiques idolâtres ou syncrétistes qui avaient cours en Juda. Pourtant, la bague qu’il portait au doigt pourrait contredire ce portrait idyllique… 

Canal d'Ezéchias, Jérusalem

Murailles actuelles.

En foncé, la ville au temps d’Ézéchias.

1. Esplanade du Temple

2. Source de Gihôn

3. Piscine de Siloé

 

Musée Tower of David. Photo: E. Pastore

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Vestige de la muraille construite par Ezéchias, visible dans le quartier juif de la vieille ville de Jérusalem

Photo: BiblePlaces

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Sceau d'Ezéchias

Photo : Ouria Tadmor

Ce sceau comporte trois registres : les registres supérieur et inférieur comportent des lettres hébraïques, tandis que le registre central comporte deux motifs. Intéressons-nous d’abord aux lettres : elles ne ressemblent guère à l’hébreu moderne, et pour cause : il s’agit de lettres dites paléo-hébraïques. Voici ce que l’on peut lire sur ce sceau (ici en lettres hébraïques traditionnelles):

לחזקׄיהו.אחׄ
ז.מלך.יהדׄ[ה]

Ce qui signifie : « À Ézéchias (fils de) Ahaz, roi de Juda ». Or, ce roi est mentionné dans la Bible à partir du second livre des Rois, chapitre 16, verset 20 : « Ahaz se coucha avec ses pères et fut enterré avec ses pères dans la cité de David. Ézéchias, son fils, régna à sa suite ». Le texte de ce sceau concorde parfaitement avec les données bibliques.

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Entre les registres supérieur et inférieur, le cachet du roi Ézéchias comporte deux motifs. Or, ceux-ci sont tout droit issus de l’Égypte : la croix ansée, appelée ânkh, représente la vie dans les hiéroglyphes égyptiens ; le soleil à son zénith, bardé de rayons et doté de deux larges ailes déployées en signe de protection, est l’une des principales divinités égyptiennes connue sous le nom de Rê (« celui qui fait »), associé plus tard à Atoum, dieu solaire créateur. Que viennent donc faire ces motifs égyptiens sur le sceau du roi Ézéchias ?

Dès le IIe millénaire avant J.-C., la Palestine est dans le giron du puissant empire d’Égypte. Ainsi a-t-on retrouvé, lors de fouilles archéologiques en Égypte, la correspondance entre le pharaon Akhénaton (XIVe siècle avant J.-C.) et le gouverneur de Jérusalem, un certain ʿAbdi-Khéba. Un demi-siècle plus tard, le pharaon Séti Ier érige une stèle à Beth-Shean (au nord d’Israël) sur laquelle il commémore ses victoires dans la région. L’influence de la civilisation égyptienne perdure des siècles durant, comme en attestent les nombreux objets égyptiens ou égyptisants découverts sur les sites archéologiques de la Palestine antique. D’ailleurs, un millénaire plus tard, au IIIe siècle avant J.-C., c’est à nouveau un pharaon, le roi grec Ptolémée II, qui règne sur la Judée.

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant qu’un Hébreu adopte des motifs égyptiens sur son cachet, et le cas d’Ézéchias n’est pas unique. Reste qu’on est loin du culte aniconique (c’est-à-dire sans représentation du divin) prôné par certains textes bibliques, et qui ne se développera en réalité que deux siècles après Ézéchias : les fouilles archéologiques révèlent un abandon des objets cultuels domestiques, tandis que sur les cachets ne figurent plus de représentations divines.

 

le prisme de taylor

Sennachérib mit le siège devant Lakish en Philistie qu'il prit ainsi que plusieurs autres cités. Après la prise de chacune de ces villes, il installa un homme de confiance comme souverain sur l'ensemble de la région. Puis il marcha sur Jérusalem. Grâce à sa préparation Ézéchias résista au siège inévitable de la cité par l'Assyrien.

Les récits dans la Bible (Is 36-37 ; 2 R 18-19) font état du siège. Certaines chroniques assyriennes citent l'évènement comme une grande victoire. L’une d’elle est une inscription monumentale laissée par Sennachérib lui-même, « Le prisme de Sennachérib » ou « prisme de Taylor », où il raconte comment, dans sa campagne contre Ézéchias, il prit 46 villes et assiégea Jérusalem qui ne tomba pas.

Sennachérib

Photo : British Museum

Le prisme de Taylor a été trouvé par le colonel Robert Taylor (1790-1852) en 1830 à Ninive, qui était l'ancienne capitale de l’empire assyrien sous Sennachérib.

Texte figurant sur le prisme :

« Quant au roi de Juda, Ézéchias, qui ne s'était pas soumis à mon autorité, j'ai assiégé et capturé quarante-six de ses villes fortifiées, ainsi que de nombreuses petites villes, prises au combat avec mes béliers. ... J'ai pris comme pillage 200’150 personnes, petites et grandes, mâles et femelles, ainsi qu'un grand nombre d'animaux, y compris des chevaux, des mulets, des ânes, des chameaux, des bœufs et des moutons. Quant à Ézéchias, je l'ai enfermé comme un oiseau en cage dans sa ville royale de Jérusalem. J'ai alors construit une série de forteresses autour de lui, et je n'ai permis à personne de sortir des portes de la ville. Ses villes que j'ai capturées, je les ai données aux rois d'Ashod, Ekron et Gaza. »

Prisme de Taylor

Photo: British Museum

Bibliographie

Michael Langlois, biblical King's Seal Found in Jerusalem.