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La messe du dimanche de l'épiphanie: décryptage

Au temps de Noël, l’Eglise célèbre le mystère de l’apparition ou de la manifestation du Verbe de Dieu fait homme à tous les peuples : d’abord au peuple d’Israël, représenté par les humbles bergers, puis aux païens, dont les Mages sont « les premiers représentants ». Découvrez le trésor que la liturgie propose en ce jour à travers les diverses lectures.


La messe de la fête de ce jour célèbre surtout :

  • la lumière de la gloire du Père, qui se lève sur Jérusalem (cf. Is 60, 1-6), enveloppe les bergers (Lc 2,9) et, grâce à l’étoile qui les guidait, conduit les mages jusqu’au Christ (Mt 2,2,9-10) ; la lumière manifeste donc le Christ Jésus, « gloire d’Israël et lumière des peuples », lui que le Père a manifesté au monde et qui manifeste au monde la gloire du Père.

  • le rôle salvifique du Christ, à travers les titres qui lui sont donnés. Aussi les bergers reconnaissent-ils dans l’enfant de Marie le Christ Sauveur (Pf) et, dans l’enfant qu’ils trouvent avec sa mère, les mages « adorent leur Dieu, acclament leur Roi et reconnaissent leur Rédempteur » (Pf)

  • le mystère de l’Eglise, représenté dans la ville sainte de Jérusalem (1ère lecture), et dans la « maison » où l’on découvre l’Enfant avec sa Mère (Mt 2,11)

  • le rôle de la Vierge : « par la Vierge Marie », Dieu « a manifesté au monde son Fils unique » (Collecte).

D’entrée de jeu, l’antienne d’ouverture nous annonce en quoi consiste « l’épiphanie de Dieu » : c’est dans « l’humilité » que se révèle « sa propre majesté». L’humilité de la Vierge est sa capacité d’être à l’écoute de la Parole de Dieu et de la garder dans un cœur pur de toute souillure. En elle, aucun repli, aucun refus, tout est accordé à son Seigneur ; la « majesté » de Dieu est à la fois sa transcendance et son immanence. Mystère inouï : le « Très Haut » se fait « le Très-Bas », le « Tout-Puissant » se fait le « Tout Petit ». Celui que « l’univers ne peut contenir » se rend présent dans son humble servante.


La première lecture, tirée du livre d’Isaïe, est une hymne à la gloire de Jérusalem, la Ville sainte, enfin restaurée dans sa splendeur. La « nuée » de l’Exode, signe de la présence de Dieu, est évoquée dans son accomplissement : « sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi ». La Vierge Marie et l’Eglise sont annoncées dans leur fécondité future : « Lève les yeux, regarde autour de toi : tous ils se rassemblent, ils arrivent… » Enfin, « l’or et l’encens » seront offerts au Christ Seigneur par les Rois mages.


La venue des Rois mages est relatée par l’évangéliste saint Matthieu. « Ils ont vu son astre à son lever » : il s’agit de la lumière qui vient du soleil levant, annonciateur du Christ. La citation d’une phrase messianique est tirée du livre des Nombres (Nb 24,17). Or la prophétie est faite par le païen Balaam : « Je vois…un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël ». Le Targoum nous donne la portée messianique de ce texte : « Se lèvera du milieu d’eux leur Roi et leur Sauveur et leurs fils régneront sur beaucoup de nations. » Les Mages reconnaissent qu’ils sont concernés par cette royauté et ils annoncent ainsi la conversion des païens. C’est pourquoi ils se présentent à la cour royale. Hérode est présenté sous une lumière particulière : il sait que c’est le Messie annoncé et il veut le tuer ; il est donc figure de l’Anti-Christ.

La venue des rois mages, représentés sur l'Atlas catalan, 14ème siècle (BnF, Manuscrits occidentaux, Espagnol 30). Découvrez la symbolique de cette carte en cliquant ici.


« Et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à son LEVER… » Le prophète Isaïe nous permet de comprendre la portée de ce verset lorsqu’il écrit : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière… » (Is 9, 1) – ainsi est annoncée l’avenir des nations païennes, accompli en la personne des mages. Plus tard, l’évangéliste Luc précisera : « grâce aux sentiments de miséricorde de notre Dieu, dans lesquels nous a visités l’Astre d’en-haut » (Luc 1, 78)


« L’astre vint s’arrêter… au-dessus du LIEU où se trouvait l’Enfant » : le Lieu désigne toujours le Nom divin, c’est une manière d’exprimer l’inexprimable du Seigneur. Le Lieu : choisi par Dieu pour y faire régner son Nom.


« Ils éprouvèrent une très grande JOIE » : c’est-à-dire une vision surnaturelle qui va les combler, annonciatrice de la JOIE de la Résurrection. La quête des païens est ainsi menée à son terme. Le Juif a la conviction d’avoir le Dieu Unique et d’être le Peuple élu, car Dieu est fidèle à ses promesses, mais il doit reconnaître que désormais les païens sont admis au même héritage ; c’est ce que porte Israël dans son nom : porteur du NOM pour le révéler aux nations païennes.


« Ils virent l’enfant avec Marie, sa mère » : ils sont désormais inséparables. La «Mère » est le grand don fait par Dieu à l’humanité. « Ils lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe » : ces mentions nous renvoient au poème de la fille de Sion (Isaïe 60,6) Ainsi Marie est désignée comme la Fille de Sion, Jérusalem, la Ville sainte. Marie, figure corporative, incarne la véritable Jérusalem, la nouvelle Eglise. Jérusalem, la Cité-Mère, est remplacée par Marie-Mère sur les genoux de qui siège l’Enfant. L’or représente la divinité du Christ, l’encens, la prière et la myrrhe, le parfum.


En la fête de l’Epiphanie s’accomplit la Révélation de Dieu au monde entier, et la mission d’Israël, prêtre parmi les nations pour révéler le NOM.


Marie-Christophe Maillard

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