Lc 6,1-5 - Le Fils de l'homme est maître du sabbat

Pourquoi Jésus fait-il une telle affirmation ? Qui est-il pour s'autoproclamer ainsi et pour se placer au-dessus de la Loi juive ?


« 1 Or il advint, un sabbat, qu’il traversait des moissons, et ses disciples arrachaient et mangeaient des épis en les froissant de leurs mains. 2 Mais quelques Pharisiens dirent : “Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis le jour du sabbat ?” 3 Jésus leur répondit : “Vous n’avez donc pas lu ce que fit David, lorsqu’il eut faim, lui et ses compagnons, 4 comment il entra dans la demeure de Dieu, prit les pains d’oblation, en mangea et en donna à ses compagnons, ces pains qu’il n’est permis de manger qu’aux seuls prêtres ?” 5 Et il leur disait : “Le Fils de l’homme est maître du sabbat.” » (Lc 6, 1‑5)


Les pharisiens ne reprochent pas aux disciples de Jésus d’avoir arraché des épis et de les avoir mangés, mais ils leur reprochent de l’avoir fait le jour du sabbat. Quel est donc le sens de ce reproche ? Pour le comprendre, il faut rappeler quelle est la raison d’être du jour du sabbat.


Dans le décalogue, Dieu demande à Moïse et au peuple de se souvenir du jour du sabbat pour le sanctifier, c’est-à-dire pour le mettre à part des autres jours de la semaine, en vue du culte à rendre à Dieu ce jour-là. L’observance du sabbat occupe la place centrale du Décalogue et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le sabbat est le septième jour de la création, c’est-à-dire le dernier jour qui a consacré l'achèvement de l'œuvre créatrice de Dieu. Le Créateur a chômé après son ouvrage et le livre de l'Exode demande à l'homme de chômer lui-aussi comme son Dieu (Ex 20,8). Le sabbat est également compris comme le jour où le peuple est invité à faire mémoire du temps où il était esclave en Egypte, soumis au travail forcé, et comment Dieu l’a libéré de cet esclavage (Dt 5,15). Ainsi, la cessation de tout ouvrage le septième jour vient rappeler que ce jour est consacré au culte de Dieu est avant tout une libération. Concrètement, cela se traduit dans le fait que les activités liées au travail du reste de la semaine ne sont pas permises ce jour-là. Ainsi, par exemple, moissonner les champs un jour de sabbat n’est pas permis. Le fait que les disciples de Jésus arrachent des épis ce jour-là est assimilé au travail de la moisson. En faisant ainsi, ils se mettent clairement en opposition avec le commandement divin et donc avec la volonté-même de Dieu.


Bien que le commandement d’observer le sabbat soit central dans le judaïsme, Jésus critique la rigidité avec laquelle les pharisiens interprètent la Loi. Il prend pour exemple un épisode tiré de l’histoire d’Israël (1 Samuel 21,1-7). Il s’agit de David fuyant la jalousie meurtrière du roi Saül. Alors que lui et ses hommes ont faim, ils parviennent chez le prêtre Ahimélek et lui demandent du pain. Ce dernier leur répond qu’il n’a que du pain d’oblation, réservé aux prêtres. Pourtant, en les voyant affamés, Ahimélek applique une dérogation. Il consent à leur en donner. Si Jésus prend cet exemple où David et ses hommes ne sont pas considérés en faute, c’est donc qu’il y a de la place pour un discernement sur l’application de cette Loi sur le sabbat. Pour Jésus, la Loi ne doit jamais devenir un fardeau. Or, les évangiles rapportent souvent combien les pharisiens excellent dans l’art de rendre pesantes les exigences de la Loi sur le petit peuple.


Jésus conclut la discussion avec l’affirmation de la supériorité de la Loi Nouvelle qu’il instaure désormais en sa personne : « Le Fils de l’homme est maître du sabbat ». Il faut mesurer le degré de provocation, voire de blasphème, qui transparaît dans cette phrase de Jésus. En s’octroyant une autorité qui le place au-dessus du sabbat, Jésus affirme non seulement sa messianité, mais aussi sa divinité. Le sabbat est le commandement divin par excellence. Aucun homme ne saurait le relativiser, car ce serait prendre la place de Dieu. On comprend dès lors pourquoi Jésus a suscité la colère des pharisiens, une colère qui le conduira peu de temps après à sa condamnation à mort. En effet, comment tolérer qu’un homme puisse se faire l’égal de Dieu ?


A nous de comprendre que la Loi Nouvelle n’est ni laxiste ni relative, mais qu’elle conduit à la vraie liberté. Lui seul, parce que qu'il est vrai homme et vrai Dieu, a le pouvoir de nous entraîner sur ce chemin du royaume, où les exigences de Dieu ne sont jamais enfermantes pour les hommes, mais permettent notre plein épanouissement humain et spirituel.


Emanuelle Pastore

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