Mt 16,13-19 : La puissance de la mort ne l'emportera pas

13 Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? » 14 Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. » 15 Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » 16 Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » 17 Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. 18 Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. 19 Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux.» (Mt 16,13-19)


Pour comprendre ce texte, déplaçons-nous intérieurement vers la région de Césarée de Philippe. Les disciples ont suivi Jésus jusque tout au nord de la Galilée. Ils sont pratiquement aux pieds du Mont Hermon, dont les Psaumes chantent la hauteur et la beauté. C’est là que le Jourdain prend sa source. L’eau y est claire et vivifiante, contrairement au Jourdain qui, plus il descend vers la Mer Morte, plus il rétrécit et devient vaseux. Aujourd’hui encore, à l’endroit où la source émerge, de hautes falaises rocheuses s’élèvent. On y voit encore les traces d’un sanctuaire païen dédié au culte du dieu Pan.


Les photographies (E. Pastore) ci-dessous illustrent ce lieu.





C’est ici, sur un lieu où ce faux dieu est adoré, lieu emblématique, que Jésus emmène ses disciples pour interroger leur foi au Dieu véritable : « Qui suis-je, d’après ce que disent les hommes ? » Se faisant leurs porte-paroles, les disciples répondent que certains le prennent pour Jean Baptiste, d’autres pour Elie ou Jérémie. Bref ils le prennent pour un prophète. Jean Baptiste était le prophète du baptême de la conversion. Elie était le prophète défenseur du monothéisme (cf. 1R 18,20+) et le premier prophète qui avait ressuscité un mort (Cf. 1 R 17,17+). Jérémie était le prophète annonciateur d’une alliance nouvelle (Cf. Jr 31,31). Jésus endosse et accomplit toutes ces figures prophétiques en lui-même. On ne comprend qui il est qu'à la lumière de ces prophètes.


Pourtant, Pierre, inspiré par le Père du ciel, comprend comment Jésus se démarque des anciens prophètes : « Tu es le messie, le fils du Dieu vivant », s’écrie-t-il ! Il est le messie, c’est-à-dire que c’est lui qui arrive dans la continuité des prophètes déjà mentionnés. Il est celui qu’annoncent tous les textes de la Bible juive. De plus, il est, par opposition au lieu dans lequel ils se trouvent, le fils du Dieu vivant ! Le dieu Pan était une idole façonnée de mains d’hommes. Jésus, lui, est le fils du Dieu vivant. Il n’est pas le serviteur, l’esclave ou l’ami du Dieu vivant, mais son fils ! Cette relation filiale dit d’une certaine manière la divinité de Jésus. C’est en cela que Jésus se démarque complètement des autres prophètes.


Après la profession de foi de Pierre, Jésus fait la sienne, sa profession de foi peut-on dire, en Pierre lui-même : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort / ou les portes de l'Hadès (selon la traduction) ne l'emportera pas sur elle ». Aux pieds de ces falaises imposantes, Jésus fait de Pierre la pierre sur laquelle reposera l’Eglise. Même le paysage parle ! Les puissances de mort qui étaient adorées en ce lieu seront vaincues et n’engloutiront jamais la jeune Eglise à peine naissante que Jésus fait reposer sur Pierre. Il s’agit d’une promesse étonnante, car fragile… comment la personne de Pierre pourrait-elle soutenir une construction plus solide que la mort ? De fait, à peine quelques versets plus tard (Cf. Mt 16,23), Jésus réprimandera durement ce même Pierre pour ses pensées qui ne sont pas conformes à celles de Dieu… Pourtant, Jésus ne craint pas de choisir notre humanité faible et défaillante pour faire son œuvre. Il choisit ce qu’il y a de faible dans le monde pour confondre ce qu’il y a de fort… dira plus tard saint Paul (cf. 1 Co 1,27). C’est cela le mystère de l’Eglise qui subsiste aujourd’hui encore, deux mille ans après la promesse de Jésus. C’est cela que nous fêtons le 29 juin, jour de la fête de saint Pierre et saint Paul, les deux colonnes de l’Eglise.


Emanuelle Pastore

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