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Prendre soin de sa vie spirituelle

La vie spirituelle, c’est la vie dans l’Esprit ; c’est «se laisser enlacer par l’Esprit» (St Irénée), c’est « se laisser épouser par l’Esprit » (St Basile le Grand). De tout temps, des hommes et des femmes ont été séduits par Dieu et ont tout laissé pour le rencontrer : tel Elie, le prophète « brûlant de zèle pour le Dieu vivant » (1 R 19,14). Ainsi, certains d’entre eux vont se regrouper et recevoir une règle commune « pour qu’ils demeurent jour et nuit dans la méditation de la Loi du Seigneur, et vigilants dans la prière. » Et de nos jours? Il semble bien que la quête de spiritualité soit toujours d'actualité et... plus que jamais!

Mosaïque de la basilique de la dormition, Jérusalem. Photo. E. Pastore


Dans cette expérience de recherche généralisée de la dimension spirituelle, je vous propose de réfléchir à la figure de Marie qui s'avère être une maîtresse de la vie spirituelle.

Modèle de toute l’Eglise dans l’exercice du culte divin, Marie est encore, de façon évidente, maîtresse de vie spirituelle pour chacun des chrétiens. Marie est surtout le modèle du culte divin qui consiste à faire de sa vie une offrande à Dieu. Le « oui » de Marie est pour tous les chrétiens une leçon et un exemple pour offrir leur obéissance à la volonté du Père, chemin et moyen de leur propre sanctification. (Le culte marial aujourd’hui - exhortation apostolique de Paul VI, 1974)

La spiritualité de Marie n’est pas autonome : elle est pur reflet de la spiritualité pascale de Jésus. La vie spirituelle de Marie est l’accueil en elle de l’impossible humain. Mais avant d’en parler, voyons la démarche à laquelle nous invite la Bible : il s’agit d’écouter, de se laisser enseigner, de monter et de monter à la Montagne.

  • Écouter : c’est ouvrir l’oreille de son cœur. L’écoute est primordiale dans la Bible ; c’est l’attitude du croyant qui prête l’oreille à son Dieu pour y entendre ses secrets. C’est le maître mot du Credo d’Israël : « Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu, est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. » (Dt 6, 4-5)

  • Enseigner : c’est le rôle de la Torah, et du maître en Israël ; c’est aussi la fonction du père de famille qui transmet ainsi à ses fils la tradition d’Israël, et, entre autres, l’œuvre du Dieu très Saint : la Libération de son peuple.

  • Monter : la Bible hébraïque se termine par une phrase suspendue : « Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que son Dieu soit avec lui et qu’il MONTE. » (2 Ch 36, 23). L’existence d’Israël est scandée par les pèlerinages ; la marche est le lieu saint de l’expérience de Dieu (Abraham, Moïse, Elie, Jésus). Il s’agit de monter vers la Jérusalem terrestre jusqu’à la Jérusalem céleste.

  • La Montagne du Seigneur : dans la Bible, la montagne tient une place éminente. Elle touche le ciel et la gravir est un acte religieux. Elle est le premier sanctuaire et le premier autel. La montagne symbolise l’éternité. Dieu lui-même passe pour un Dieu « montagnard » : « Les gens de son entourage dirent au roi de Syrie : Le Dieu d’Israël est un Dieu des montagnes : voilà pourquoi les Israélites ont été plus forts que nous. » (I R 20, 23). Enfin, la montagne est le lieu où Dieu se révèle (Ex 19).

En tout cela, Marie se révèle « Mère et Maîtresse ». Découvrons comment.

  • Marie est « Maîtresse », c’est-à-dire qu’elle dirige parce qu’elle sait ce qui plaît au Seigneur. « La direction, autant que la théologie, requiert l’esprit de pauvreté, le silence qui écoute pour accueillir en soi la vérité comme une personne. » (M. Zundel).

  • Marie est celle qui, par excellence, « écoute », car, « elle conserve en son cœur les paroles du Seigneur. » (Luc 2, 19.51). L’écoute est le chemin privilégié de la prière, car c’est elle qui conduit à donner corps à la Parole; le cœur est le lieu de la mémoire, qui garde, comme en un écrin, une parole ou un événement.

  • Marie est celle « qui nous enseigne la crainte du Seigneur » : la « crainte », c’est-à-dire l’adoration véritable du cœur séduit par la beauté de Dieu. La crainte est l’alliance de l’amour et du respect. Pour st Thomas d’Aquin, la crainte est liée à l’admiration et à l’espérance. La crainte de Dieu joue, par rapport à toute la vie, le rôle de la racine vis-à-vis de l’arbre. Marie nous enseigne la crainte du Seigneur : elle nous apprend à aimer Dieu « par-dessus tout, à contempler son Verbe et à aimer nos frères avec son propre cœur. » (Liturgie)

  • Marie est enfin celle qui nous invite à « monter à la Montagne du Seigneur » : le récit de la Visitation nous rappelle que « Marie se mit en route rapidement et rendit en hâte vers le haut pays. » (Luc 1, 39). Il y a, de plus, à se rappeler que « la montagne véritable, c’est le Christ notre Seigneur ». (Liturgie). Montagne qui culmine à la Croix du Christ, là où Dieu nous révèle son Visage d’éternité en ce Crucifié, alors que Marie « se tient debout près de la Croix de Jésus » (Jean 19, 25)

En finale, comme le psalmiste, nous nous posons la question : « Qui peut monter à la montagne du Seigneur, et se tenir dans son Lieu saint ? l’homme au cœur pur et aux mains innocentes » (Ps 24)


Une Femme, Marie, l’Immaculée, celle qui «gardait toutes choses en son cœur» (Luc 2, 19) nous enseigne et nous ouvre à la Vie nouvelle où l’impossible humain devient le possible divin. Car sur ce chemin, nous pouvons regarder Marie pour sortir de « l’espace clos » de nos craintes. Marie transforme cet espace en un lieu intérieur d’expérience, et, donc, de relation, devenant maîtresse de cette œuvre du cœur qui est surtout écoute, disponibilité à l’attente, affinement d’une ouïe intérieure qui, seule, rend possible la perception de Dieu. Il s’agit de parvenir ainsi à cette disponibilité à l’accueil, qui est capable de transformer l’espace clos des existences angoissées en les ouvrant à la lumière et à la beauté de Dieu.


Marie-Christophe Maillard

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