Une synthèse de la Révélation sur un gigantesque dallage à Jérusalem

Même si vous êtes allés plusieurs fois en Terre Sainte, il se pourrait que vous n'ayez jamais remarqué le magnifique dallage de la basilique de la dormition, sur le mont Sion, à Jérusalem. Cela n'est pas étonnant, car le plus souvent il est recouvert de chaises pour les célébrations. Et pourtant, il mérite qu'on s'y arrête quelques instants, car il nous dévoile la plénitude du mystère chrétien à travers une seule grande représentation symbolique, celle du cercle.


Basilique bénédictine de la dormition, Jérusalem, construite au tout début du 20ème siècle. Photos: BiblePlaces


La basilique est constituée d'une rotonde principale entourée par quatre tours. Le dallage intérieur de la rotonde est entièrement recouvert par une étonnante représentation qui retrace toute l'histoire de la Révélation.

Dallage intérieur de la basilique.

Au centre


Commençons par ce qui constitue le cœur de cette immense représentation. Trois anneaux se superposent, en signe d'alliance éternelle. Ce sont les trois Personnes de la divine Trinité. Les trois Personnes sont distinctes. L'unité divine est Trine.


La Trinité est une. Cette unicité est symbolisée par le cercle unique qui englobe les trois anneaux.


Aux Catéchumènes de Constantinople, Saint Grégoire de Nazianze, transmet ce résumé de la foi trinitaire :

Avant toutes choses, gardez-moi ce bon dépôt, pour lequel je vis et je combats, avec lequel je veux mourir, qui me fait supporter tous les maux et mépriser tous les plaisirs : je veux dire la profession de foi en le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Je vous la confie aujourd’hui. C’est par elle que je vais tout à l’heure vous plonger dans l’eau et vous en élever. Je vous la donne pour compagne et patronne de toute votre vie. Je vous donne une seule Divinité et Puissance, existant Une dans les Trois, et contenant les Trois d’une manière distincte. Divinité sans disparate de substance ou de nature, sans degré supérieur qui élève ou degré inférieur qui abaisse. (...) C’est de trois infinis l’infinie connaturalité. Dieu tout entier chacun considéré en soi-même (...), Dieu les Trois considérés ensemble (...). Je n’ai pas commencé de penser à l’Unité que la Trinité me baigne dans sa splendeur. Je n’ai pas commencé de penser à la Trinité que l’unité me ressaisit ... (or. 40, 41 : PG 36, 417). (cité dans le Catéchisme de l'Eglise Catholique, n°256)

Un feu sépare la Trinité de tout le reste. Ce feu signifie que le mystère de la Trinité, resté caché et inaccessible à la raison humaine qui n'est pas éclairée par la foi.

La Trinité est un mystère de foi au sens strict, un des " mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont révélés d’en haut " (Cc. Vatican I : DS 3015). Dieu certes a laissé des traces de son être trinitaire dans son œuvre de Création et dans sa Révélation au cours de l’Ancien Testament. Mais l’intimité de Son Être comme Trinité Sainte constitue un mystère inaccessible à la seule raison et même à la foi d’Israël avant l’Incarnation du Fils de Dieu et la mission du Saint Esprit. (Catéchisme de l'Eglise Catholique, n°237)

Le premier cercle


Le premier cercle est composé de deux rangées évoquant tous les prophètes. C'est en effet à travers les prophètes que Dieu s'est révélé, comme le rappelle le tout début de la lettre aux Hébreux:

A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes. (He 1,1)

Dans la première rangée du cercle se trouvent les noms des quatre grands prophètes: Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel. On les qualifie de "grands" en raison de l'extension de leurs écrits. Dans l'ordre, Isaïe compte 66 chapitres, Jérémie 52, Ézéchiel 48 et Daniel 14. Cet ordre correspond aussi à la chronologie des époques auxquelles chacun de ces prophètes a œuvré. Isaïe a prophétisé au 8ème siècle av. J.-C., Jérémie au début du 6ème s. av. J.-C., Ézéchiel à la fin du 6ème s. av. J.-C. et Daniel au 2ème s. av. J.-C..


A quoi reconnaît-on qu'on se trouve dans une église catholique? A l'ordre dans lequel sont énumérés les prophètes. En effet, ici, l'ordre est celui du canon de la Bible grecque appelée Septante, c'est-à-dire l'ordre qui a été suivi par les éditions catholiques de la Bible. La Bible juive, suivie par la Bible protestante, rangent les livres dans un ordre différent, celui de la Bible hébraïque.


Par opposition aux "grands prophètes", on qualifie de "petits prophètes" les douze noms figurant dans la deuxième rangée du cercle: Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie. Un livre est attribué à chacun d'entre eux. L'ordre est également celui de la Septante. Cet ordre a de particulier qu'il finit avec le livre de Malachie, dont le dernier verset assure une parfaite transition avec le Nouveau Testament:

Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leurs pères, pour que je ne vienne pas frapper d’anathème le pays ! (Mal 3,23-24)

Le retour d'Elie indiquait le début des temps messianiques. D'après l'évangéliste Matthieu, cet Elie qui devait revenir était Jean-Baptiste, le précurseur qui préparait la route devant le messie, Jésus-Christ.

Tous les Prophètes, ainsi que la Loi, ont prophétisé jusqu’à Jean. Et, si vous voulez bien comprendre, c’est lui, le prophète Élie qui doit venir. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! (Mt 11,13-15)

Nous parvenons donc à la charnière entre l'Ancien et le Nouveau Testament.


Le deuxième cercle


Cette charnière est assurée par les quatre évangélistes. Leurs noms ne sont pas mentionnés, mais ils sont représentés par leur symbole: l'homme ailé ou l'ange pour Matthieu, le lion pour Marc, le taureau pour Luc et l'aigle pour Jean. Cette symbologie provient du livre d'Ézéchiel, avant d'être reprise par le livre de l'Apocalypse:

Au milieu, la forme de quatre Vivants ; elle paraissait une forme humaine. Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes. Leurs jambes étaient droites; leurs pieds, pareils aux sabots d’un veau, étincelaient comme scintille le bronze poli. Des mains humaines, sous leurs ailes, étaient tournées dans les quatre directions, ainsi que leurs visages et leurs ailes à tous les quatre. Leurs ailes étaient jointes l’une à l’autre ; ils ne se tournaient pas en marchant : ils allaient chacun droit devant soi. La forme de leurs visages, c’était visage d’homme et, vers la droite, visage de lion pour tous les quatre, visage de taureau à gauche pour tous les quatre, et visage d’aigle pour tous les quatre. Leurs ailes étaient déployées vers le haut ; deux se rejoignaient l’une l’autre, et deux couvraient leur corps. (Ez 1,5-11)
Devant le Trône, il y a comme une mer, aussi transparente que du cristal. Au milieu, autour du Trône, quatre Vivants, ayant des yeux innombrables en avant et en arrière. Le premier Vivant ressemble à un lion, le deuxième Vivant ressemble à un jeune taureau, le troisième Vivant a comme un visage d’homme, le quatrième Vivant ressemble à un aigle en plein vol. (Ap 4,6-7)

Ces quatre êtres mystérieux sont les gardiens du trône de Dieu. C'est à eux que sont comparés les évangélistes étant donné que, par leurs écrits, ils nous conduisent au plus près de Dieu en nous faisant connaître Jésus-Christ.


Le troisième cercle


Le deuxième cercle présente les noms des douze apôtres: Pierre (Simon-Pierre), André (frère de Pierre), Jacques le Majeur, Jean (frère de Jacques, tous deux fils de Zébédée), Philippe, Barthélemy, Thomas, Matthieu, Jacques le Mineur (fils d'Alphée), Jude (appelé aussi Thaddée), Simon le Zélote, Judas Iscariote (remplacé par Matthias après sa mort, selon Ac 1,26).


Il faut néanmoins remarquer que Judas Iscariote, celui qui a trahi Jésus ne figure pas dans cette représentation, pas plus que son remplaçant Matthias. C'est Paul qui a pris sa place et qui figure le 12ème apôtre.


On appelle les Douze ceux qui ont appartenu au cercle des disciples les plus intimes de Jésus. Les évangiles rapportent les circonstances de leur appel à suivre Jésus.


Les noms des Douze sont accompagnés ici par douze piliers symbolisant les douze colonnes de l'Église. Pourquoi le chiffre 12? Parce que le peuple d'Israël, appelé par Dieu, se compose de douze tribus issues des fils de Jacob, en mémoire de quoi Jésus a choisi et appelé douze apôtres sur qui s'appuie l'Église.​ Le chiffre douze représente donc la totalité d'Israël, l'Israël selon la chair et l'Israël selon le baptême, bref le rassemblement de l'Église à la plénitude des temps.


Le quatrième cercle


Ce quatrième et dernier cercle évoque la dimension cosmologique. La symbolique du chiffre douze y figure encore. Les douze mois de l'année sont représentés par les douze signes du zodiac, soit le parcours du soleil dans notre système solaire en une année. Douze est donc d'abord le symbole de notre univers et de tout ce qu'il contient. Douze mois ou le cycle d'une année signifie que le temps est le lieu où Dieu se révèle. Oui, c'est précisément dans le temps que Dieu est à l'œuvre. Aussi, l'histoire de l'humanité est une histoire sainte parce qu'elle ne se fait pas sans la présence et sans l'intervention de Dieu.


Emanuelle Pastore


Le mont Sion avec la basilique de la dormition au sommet, au centre.

Photo: BiblePlaces

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