Une présentation de la Bible

La bible, qu'est-ce que c'est?

une bibliothèque

On dit souvent que la Bible est une bibliothèque, le mot « bible » venant en effet d’un pluriel grec, biblia : des livres. La mise par écrit ainsi que la rédaction et la réunion des différents livres qui se trouvent dans les trois parties constituent un long processus qui s’est étalé sur plus que cinq cents ans. Les différents textes bibliques ont vu le jour dans des contextes historiques auxquels ils réagissent tout en pouvant garder la mémoire de traditions plus anciennes. 

On n’entrera pas en détail dans la question complexe et compliquée de la datation des textes bibliques. Rappelons seulement qu’aucun livre ou, plus précisément, rouleau biblique n’a été écrit d’un seul trait. Les rouleaux de papyrus ou de peaux de chèvre ou de vache avaient une durée de vie limitée et leur contenu devait au bout de quelques décennies être recopié sur de nouveaux rouleaux. Chaque recopiage était aussi l’occasion d’ajouter ou de supprimer des choses ou encore d’y apporter des modifications. Un texte comme le rouleau du Deutéronome, par exemple, a connu plusieurs éditions s’étendant de la fin du VIIe siècle jusqu’au Ve siècle av. J.-C. Les livres prophétiques connurent également une histoire de rédaction complexe et beaucoup de textes qu’on y trouve ne proviennent pas des prophètes « historiques » mais de rédacteurs plus récents. Ils n’ont reçu leur forme actuelle qu’à l’époque hellénistique. La même observation s’applique aux Psaumes et à d’autres textes. 

Codex Leningrad, le lplus ancien manuscrit complet de la Bible, 11ème siècle.

y a-t-il plusieurs bibles ?

La Bible ne comprend pas exactement le même nombre de livres pour les juifs, pour les catholiques ou pour les protestants. Le "canon" (la norme) des livres bibliques est lié à une histoire complexe. Le canon de la Bible hébraïque ne contient que les livres théoriquement rédigés en hébreu et sur la terre d'Israël. Les protestants suivent ce même canon. Les catholiques ont suivi le canon de la Bible Septante, la première traduction de la Bible hébraïque en grec (2è s. av. J.-C.). La Septante a intégré certains livres supplémentaires, ce qui explique les différences avec le canon de la Bible hébraïque. De plus, l'ordre des livres varie également entre la Septante et la Bible hébraïque. Mises à part ces différences, la Bible hébraïque correspond à ce que les chrétiens appellent "Ancien Testament" pour le distinguer du "Nouveau Testament". En ce qui concerne le premier Testament, nous partageons donc les mêmes textes sacrés que les juifs.

 

la bible hébraïque

ou ancien testament

La Bible hébraïque se compose de trois grandes parties : la Torah ou le Pentateuque (le nom grec désigne les cinq livres qui y sont regroupés), les Prophètes (Neviim en hébreu) et les Écrits (Ketuvim). 

Illustration: BibleProject

La Bible hébraïque en ses trois grandes parties. Elle se distingue de la Bible chrétienne organisée en quatre parties: Pentateuque, Livres historiques, Ecrits de sagesse et  Livres prophétiques.

La Torah

On peut distinguer dans la Torah deux grands ensembles. Le premier, la Genèse, pose la question des origines : Dieu y crée le monde et les hommes (Gn 1-3), mais il est aussi à l’origine de la violence (Caïn et Abel, le déluge – Gn 4-9) et de la diversité des langues et des cultures (Gn 10-11). On y raconte ensuite l’histoire des patriarches, d’Abraham (Gn 12-25), d’Isaac (Gn 26), de Jacob et de son fils Joseph (Gn 27-50), qui sont les ancêtres d’Israël mais pas seulement : Abraham et Isaac sont aussi les parents de la plupart des voisins d’Israël. La deuxième grande partie du Pentateuque relate l’histoire de Moïse, la libération d’Israël des corvées d’Égypte et son séjour dans le désert en chemin vers la Terre promise. Cette deuxième partie commence par la naissance et se termine par la mort de Moïse ; elle couvre ainsi l’ensemble des quatre livres : Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. Dès le début de cette histoire, le statut particulier de Moïse est souligné par le fait qu’il reçoit à deux reprises des révélations divines qui portent, entre autres, sur le nom du dieu qui l’appelle et sur la signification de ce nom.

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Le tétragramme ou Nom divin YHWH révélé à Moïse, selon Exode 3.

L’histoire des patriarches et celle de Moïse et de la sortie d’Égypte proposent au lecteur deux modèles d’identité différents. Selon les récits de la Genèse, l’identité juive se fait par la descendance : on est juif parce qu’on descend d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; c’est pourquoi on trouve dans ces textes de nombreuses généalogies. Si l’on passe à l’histoire de Moïse, on constate que les généalogies ont disparu. L’identité du peuple de Yahvé ne repose pas sur la descendance mais sur l’adhésion à l’alliance entre Dieu et Israël, dont Moïse devient le médiateur. Cette alliance est conclue après la libération d’Égypte ; elle est fondée sur les stipulations divines qui se trouvent dans les différents codes de lois qui jalonnent les récits du séjour des Hébreux dans le désert.

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Moïse reçoit les tables de la Loi au mont Sinaï, Gustave Doré.

La tablette de Gilgamesh évoquant le déluge

Photo: Wikipédia

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Cette différence entre la Genèse et les livres suivants se fait aussi ressentir dans la manière dont on présente la divinité. Dans la première partie du livre de la Genèse, de nombreux textes dépeignent un dieu « universel », créateur du monde et de l'humanité qui n'hésite pas à intervenir dans l'histoire des hommes, par exemple lors du déluge ou encore au temps de la tour de Babel. Plus tard, dans l’histoire de Joseph, il apparaît aussi bien comme dieu des Hébreux et des Égyptiens.

 

En ce qui concerne les histoires des Patriarches, on y trouve souvent un dieu clanique, appelé le dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, mais aussi le dieu d’Ismaël et d’Ésaü et de leurs descendants. Dans l’histoire de Moïse et de l’alliance au Sinaï, c’est un dieu guerrier qui se manifeste dans la tempête, conclut un contrat avec son peuple et promet un pays à conquérir. Cette conquête sous l’égide d’un dieu violent sera relatée dans le livre de Josué. Bien que, dès la vocation de Moïse, Yahvé lui ait annoncé qu’il devrait mener le peuple dans un pays « où coulent le lait et le miel », Moïse meurt à la fin du Pentateuque en dehors du pays promis. Le Pentateuque se conclut ainsi par un non-accomplissement de la promesse. 

La Tour de Babel vue par Pieter Brueghel l'Ancien au XVIe siècle. Photo: Wikipédia

Les Prophètes

La deuxième partie de la Bible hébraïque, appelée les « Prophètes », reprend le fil narratif et raconte d’abord, dans les livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois, l’histoire d’Israël depuis la conquête militaire du pays sous Josué, installé par la divinité comme chef militaire, l’établissement de la royauté avec Saül, David et Salomon, jusqu’à la chute de la royauté judéenne et la destruction de Jérusalem en 587 avant notre ère. Ces livres, qui se terminent sur l’écroulement de la royauté et des institutions politiques, sont suivis de la collection des livres prophétiques proprement dits ; ceux-ci permettent de mieux comprendre les raisons de la catastrophe qui résulte, selon les discours des prophètes, du rejet par le peuple et par ses responsables des exigences divines de justice et de vénération exclusive. C’est donc le dieu d’Israël lui-même qui est à l’origine des défaites militaires de son peuple, qu’il sanctionne, ainsi que ses chefs, pour ne pas avoir respecté ses commandements. En même temps, ces livres contiennent aussi des promesses de renouveau, soit d’une restauration de la royauté davidique, soit, plus généralement, d’un salut à venir.

Quelques rois d'Israël sur la façade de Notre Dame de Paris

Photo: Wikipédia

Les Ecrits

Les « Écrits », qui constituent la troisième partie de la Bible hébraïque, regroupent des livres de différents genres littéraires, notamment des réflexions sur la condition humaine et sur la relation souvent difficile entre l’homme et Dieu. Le livre des Psaumes qui ouvre, dans la plupart des manuscrits, cette collection contient des hymnes de louange mais aussi, essentiellement, des lamentations individuelles et collectives qui s’expriment également dans le livre des Lamentations commémorant la destruction de Jérusalem. Mais on y trouve aussi le Cantique des cantiques, qui est une collection de poèmes d’amour. Deux livres ont pour héroïnes des femmes : le livre de Ruth raconte l’histoire d’une femme étrangère, du pays de Moab, qui épouse un des ancêtres du roi David ; le livre d’Esther met en scène une jeune femme judéenne qui intervient auprès du roi perse pour sauver son oncle et son peuple de fausses accusations.

Les femmes et la Bible :

Le livre de Job dépeint un riche propriétaire qui se révolte contre un dieu qu’il trouve incompréhensible, constatant que la doctrine de la rétribution qui figure dans certains passages du livre des Proverbes (le méchant sera puni, le juste vivra dans le bonheur) ne fonctionne pas. Il est rejoint dans ce constat par Qohéleth (l’Ecclésiaste), le premier philosophe du judaïsme, qui insiste sur le fait que la divinité est inaccessible et qui appelle l’homme à reconnaître et à accepter ses limites. Mais on trouve aussi, dans les Écrits, le livre de Daniel qui met en scène un jugement final de Dieu à la fin des temps. Les livres des Chroniques, en revanche, proposent une nouvelle version de l’histoire de la royauté qui avait déjà été narrée dans les livres de Samuel et des Rois. Cette histoire se poursuit dans les livres d’Esdras et de Néhémie qui relatent l’histoire de la restauration à l’époque perse et la promulgation de la loi divine à Jérusalem. Dans la plupart des manuscrits, cet ordre chronologique n’est pas respecté et les livres des Chroniques sont placés en dernière position. Ainsi la Bible hébraïque se termine-t-elle par l’appel du roi perse à tous les Judéens exilés de retourner à Jérusalem et de construire la « nouvelle Jérusalem ».

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Vue sur Jérusalem depuis le mont des Oliviers

Photo: E. Pastore

Bibliographie

L'Ancien Testament, Que sais-je,

par Thomas Römer, 2019.

Lire l'Ancien Testament dans son contexte

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Histoire d'Israël sous la domination assyrienne, babylonienne et perse

Du 9ème au 5ème siècle av. J.-C.

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Histoire d'Israël sous la domination grecque jusqu'à l'intervention de Rome

Du 4ème au 1er siècle av. J.-C.

le nouveau testament

 

On lit parfois que le Nouveau Testament serait le « livre fondateur » du christianisme. L’expression n’est pas exacte. Pour décrire le rôle prééminent de ces 27 livres, qui les distingue de toute la littérature chrétienne écrite à leur époque, il faut trouver une autre formule. En effet, le Nouveau Testament n’a pas « fondé » le christianisme au sens où il l’aurait précédé et l’aurait modelé : la religion et son livre sacré se sont développés au même pas, au point que l’on ne saurait décrire l’un sans parler des tensions et des rivalités qui ont présidé à la naissance de l’autre. Nouveau Testament et histoire du christianisme primitif sont indissociables l’un de l’autre : la perception et la transmission des événements vécus par les premiers disciples constituent des enjeux pour la communauté et la façonnent, car c’est la volonté de transmettre qui fédère cet ensemble de personnes en communauté. Mais en retour, l’évolution des communautés primitives conditionne les moyens et les manières de cette transmission.

Le Nouveau Testament

Illustration: BibleProject

Les 27 livres du Nouveau Testament.

De Jésus au Nouveau Testament


Le Nouveau Testament, donc, ne se comprend pas si on le dissocie de ce qui préside à la naissance du christianisme : le témoignage d’un groupe de Juifs de Galilée, selon lequel Jésus, qui prêcha parmi eux la venue du Royaume de Dieu, était le Messie promis par Dieu, était ressuscité et vainqueur de la mort, et annonçait la conclusion d’une nouvelle alliance entre les hommes et Dieu.


1. Le milieu des Juifs de Judée


Cette croyance naissait chez les Juifs de Judée, à un stade particulier de l’histoire d’un judaïsme marqué par l’Exil (587-538 av. J.-C.), dans un milieu dont on évalue de mieux en mieux depuis une quarantaine d’années la complexité.


De la période concomitante à l’Exil (587-538 av. J.-C.), ce milieu avait retenu les croyances messianiques : dans la lignée des prophètes de Juda, et en particulier d’Isaïe, certains milieux attendaient la venue d’un descendant du roi David, un Messie, qui restaurerait l’indépendance politique et religieuse perdue du pays.


De la période postexilique provenaient l’institution de la synagogue et son instauration progressive à partir du 2e siècle sans abandonner le culte sacrificiel du temple, la synagogue privilégiait une façon nouvelle de pratiquer la religion : la lecture, la méditation sur les textes, la prière, voire le sacrifice. 

Héritier de la période postexilique, ce judaïsme présentait une multiplicité de visages. On dit souvent, en suivant l’historien Flavius Josèphe (38-100), que trois tendances le dominaient autour du 1er siècle : les sadducéens, proches du Temple et d’un respect formel de la Loi, les pharisiens qui voulaient substituer un respect moral de la Loi à ce respect social, et les esséniens qui se coupaient du reste du peuple pour vivre en suivant les règles d’une pureté très stricte. Cette caractérisation paraît aujourd’hui très réductrice tant les groupes paraissent plus diversifiés et les frontières plus perméables.

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Buste dit de Flavius Josèphe

Il convient enfin de ne pas oublier qu’au tableau précédent s’ajoute une diaspora hellénistique, une « dispersion » des Juifs au sein des terres parlant grec, dont ils avaient adopté la langue : Égypte (en particulier Alexandrie), Syrie et Babylonie, Achaïe et Italie. En Galilée, on parlait aussi bien le grec que l’araméen, la langue qui avait remplacé l’hébreu et à bien des endroits les Juifs n’étaient pas en majorité : ceux qui suivaient Jésus connaissaient donc la culture hellénistique (non juive) et les innovations intellectuelles de la diaspora, dont on garde la trace dans certains livres de la Bible (le Livre de la Sagesse, par exemple), dans certains livres apocryphes juifs (les livres d’Hénoch, le Testament de Moïse, etc.) et dans les écrits de Philon d’Alexandrie (16 av. J.-C. – 50) : la compréhension nouvelle des hautes figures bibliques (Élie, Moïse…) ; la méditation sur des motifs hérités du prophétisme (la vigne d’Israël, le bon pasteur, l’agneau de Dieu) ; l’exploration de nouvelles formes littéraires comme l’apocalyptique, en remplacement du genre prophétique. Le seul énoncé de ces innovations que l’on retrouve partout dans le Nouveau Testament prouve l’influence de cette diaspora hellénistique.

 

2. Jésus de Nazareth

Il n’entre pas dans les limites de cet ouvrage de traiter de la figure de Jésus. On rappellera simplement qu’il apparut en Galilée au cours du règne de Tibère sous le mandat de Ponce Pilate (vers les années 27-30), qu’il se présenta sous la triple figure du prophète, du guérisseur et du maître de sagesse, qu’il conduisit une prédication qui lui valut la bienveillance des foules, qu’il fut arrêté sous des motifs politiques et religieux obscurs et qu’il fut crucifié.

 

Immédiatement après sa mort, intervenue probablement en l’an 30 (ou sinon en 31 ou en 33), ses disciples proclamèrent que son corps avait disparu de son tombeau, qu’il était ressuscité et qu’il leur était apparu. Ils mirent alors en avant les paroles qu’il avait prononcées, et particulièrement celles du dernier repas qu’il avait pris avec eux (la « Cène ») et proclamèrent la Bonne nouvelle – c’est le sens du mot « évangile », en grec euangelion – de ce qu’ils avaient vécu et de la Nouvelle Alliance que Dieu avait passée en Jésus avec les hommes.

 

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Tombeau dit du juste, Nazareth, 1er siècle

Photo: E. Pastore

3. Le témoignage

L’histoire de la première communauté chrétienne – et au-delà celle de tout le mouvement chrétien – s’articule autour du concept de témoignage. Le mouvement chrétien naît en effet de la nécessité de témoigner de la vie et du message de Jésus et se développe en approfondissant ce témoignage. L’écriture, et en particulier l’écriture des livres qui entreront dans le Nouveau Testament, ne se comprend pas dans cette société essentiellement orale sans cette notion clef.

 

4. « Nouveau Testament »

Avant que le terme testamentum (en latin) ou diathékè (en grec) ne fût appliqué à des livres, il désignait l’alliance que Dieu avait passée avec Noé, Abraham, Isaac, Jacob et leurs descendants, pour leur accorder soutien et bénédiction. Or, juste avant l’Exil (v. 587 av. J.-C.), Jérémie annonçait déjà que Dieu allait conclure une « nouvelle alliance » (Jérémie 31, 31-33) avec son peuple. Paul, quant à lui, appelait l’alliance passée avec Abraham « ancienne alliance » (II Corinthiens 3, 14) et théorise dans l’Épître aux Galates l’existence de deux alliances : une alliance ancienne et une alliance nouvelle (Galates 4, 21-31). L’auteur de l’Épître aux Hébreux évoquait une « alliance nouvelle » (Hébreux 8, 6 ; 9, 15 ; 12, 24). À partir du milieu du ii e siècle seulement et par glissement de sens, les chrétiens commencèrent à désigner par « Nouveau Testament » le corpus de ceux de leurs écrits qu’ils jugeaient « canoniques », ce qui conduisit à nommer « Ancien Testament » les écrits d’Israël qu’ils retinrent.

 

Bibliographie

Le Nouveau Testament, Que sais-je,

par Régis Burnet, 2014.

Lire le Nouveau Testament dans son contexte

Histoire d'Israël sous la domination romaine

Du 1er au 2è siècle ap. J.-C.