Le sceau d'un certain Isaïe

s'agit-il du prophète isaïe?

Un sceau daté du 8ème siècle av. J.C. a été trouvé lors de fouilles sur l’Ophel en 2018.

Le problème pour identifier le propriétaire du sceau vient du fait que la bulle est abimée dans sa partie supérieure, comme on peut le constater en regardant la photo. Le registre supérieur est absent mais on voit quelques lignes et l’archéologue pense qu’il s’agit des pattes d’un animal, une biche.

 

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Le nom d’Isaïe apparaît sur le registre central où il est possible de lire : leYesha‘yah[u]. La dernière lettre est entre crochets car elle est absente sur la bulle. Quand on observe attentivement le contour de l’empreinte, on remarque que son contenu est délimité, au bas et à droite, par une double ligne. Si on complète ce pourtour, on obtient un ovale et il y a assez d’espace à gauche pour reconstituer la lettre manquante qui complète le nom d’Isaïe.

 

Mais Yesha‘yahu (Isaïe) (יְשַׁעְיָהוּ). était un nom assez commun au 8e siècle et il faut poursuivre l’analyse. Sur le registre inférieur, trois lettres sont facilement identifiables : nvy. La chercheuse associée de l’Université hébraïque de Jérusalem postule une autre lettre manquante dans la partie brisée pour reconstituer le mot nvy’ ou prophète. Elle arrive ainsi à lire l’inscription comme suit : [Appartenant] à Isaïe, [le] prophète.

Néanmoins, il y a plusieurs obstacles à cette lecture. Christopher Rollstone, professeur de langues sémitiques à l’Université George Washington, signale que l’absence du aleph à la fin du mot prophète est un obstacle majeur pour identifier le propriétaire du sceau. Les trois lettres nvy se retrouvent sur d’autres sceaux et désignent alors un nom de famille. L’autre problème est que le mot prophète en hébreu est habituellement précédé d’un article défini, une autre lettre absente sur l’empreinte.

Dessin de Reut Livyatan Ben-Arie. (Illustration: Reut Livyatan Ben-Arié / © Eilat Mazar, Photo Ouria Tadmor / © Eilat Mazar)

qui était le prophète Isaïe?

L'époque du prophète Isaïe est, pour Juda, une période de grande incertitude. Le prophète Isaïe réalise son ministère environ entre 740 et 701, soit pendant une quarantaine d’années, notamment au temps des rois Acaz et Ezékias, comme l'indiquent plusieurs notices du livre d'Isaïe:

 

"Vision d'Isaïe, fils d’Amots, – ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem, au temps d’Ozias, de Yotam, d’Acaz et d’Ézékias, rois de Juda." (Is 1,1)

Isaïe vit à Jérusalem. Bien que son message soit souvent en désaccord avec la politique royale, il ne faut pas le voir comme un marginal criant son opposition à un pouvoir honni. En fait, Isaïe est un homme proche de la cour, influent et écouté.

Une partie importante de son message concerne des questions politiques. Lorsqu'entre 734 et 732, Isaïe déclare au roi Acaz « Si vous n'avez pas confiance, vous ne résisterez pas » (Is 7,9) il ne l'invite pas à changer sa psychologie et à se détendre, mais l'engage à prendre une décision concrète. Avoir confiance et rester ferme c'est résister à la pression des coalisés israélites et damascéens.

"Le Seigneur dit alors à Isaïe : « Avec ton fils Shear-Yashoub (c’est-à-dire : Un-reste-reviendra), va trouver Acaz, au bout du canal du réservoir supérieur, sur la route du Champ-du-Foulon. Tu lui diras : “Garde ton calme, ne crains pas, ne va pas perdre cœur devant ces deux bouts de tisons fumants, à cause de la colère brûlante du roi d’Aram et du roi d’Israël. Oui, Aram a décidé ta perte, en accord avec Éphraïm et son roi. Ils se sont dit : Marchons contre le royaume de Juda, pour l’intimider, et nous le forcerons à se rendre ; alors, nous lui imposerons comme roi le fils de Tabéel. Ainsi parle le Seigneur Dieu : Cela ne durera pas, ne sera pas, que la capitale d’Aram soit Damas, et Recine, le chef de Damas, que la capitale d’Éphraïm soit Samarie, et le fils de Remalyahou, chef de Samarie. – Dans soixante-cinq ans, Éphraïm, écrasé, cessera d’être un peuple. Mais vous, si vous ne croyez pas, vous ne pourrez pas tenir.” » (Is 7,3-9)

Dans les chapitres 28 à 32 d'Is, apparaît le très vif rejet des alliances avec l'Égypte : « La forteresse de Pharaon tournera à votre honte et le refuge à l'ombre de l'Égypte à votre confusion » (Is 30,3). Nous sommes alors entre 713 et 711, l'empire assyrien est aux portes de Juda depuis plus de dix ans, Isaïe rejette la tentation d'aller chercher appui chez l'ancienne grande puissance égyptienne pour secouer le joug assyrien.

En 734-732 et même en 713-711, il n'est pas certain qu'Isaïe ait été un chaud partisan de l'empire assyrien, mais son rejet de la participation à la coalition ainsi que des alliances égyptiennes, engage de facto à mener une politique de soumission à l'Assyrie. Pour bien comprendre la problématique tant d'Isaïe que de ses adversaires, il faut se souvenir qu'à l'échelle des grandes puissances de l'époque, le royaume judéen est une minuscule entité. Or, d'un point de vue économique, il est séduisant pour le roi de Juda de ne pas payer le tribut annuel aux Assyriens. En outre, à l'époque, la pérennité de ce nouvel empire assyrien est loin d'être évidente et le recours au soutien de l'ancienne puissance dominante égyptienne n'a rien d'absurde.

Quand Ezékias succèdera à son père Acaz, Isaïe poursuivra son labeur de prophète à la cour. Il continue à encourager le roi de Juda face à la mena assyrienne qui se fait de plus en plus pesante. A ce propos, il faut lire en particulier les chapitres 36 à 39 du livre d'Isaïe.

Dans ce cadre, la profonde défiance d'Isaïe à l'égard d'une politique de résistance à la domination assyrienne s'explique certes par des raisons de tactique stratégique mais surtout par un message théologique invitant à la primauté de la confiance en un Dieu qui seul tient en mains le destin de son peuple.

Bibliographie

http://www.interbible.org/interBible/carrefour/furet/2018/furet_20180319.html

J.-D. Macchi, JCours biblique par correspondance. Evangile et culture. Ch. des Cèdres 7, CH-1004 Lausanne.