Les inscriptions mentionnant Ponce Pilate

la pierre de césarée

En 1961, lors des fouilles du théâtre de la ville hérodienne de Césarée Maritime, on découvre une pierre gravée mentionnant le nom de Ponce Pilate.

Elle est datée entre 26 et 36 ap. J-C.

La pierre inscrite est relativement petite (haute de 82 cm, large de 68 cm et épaisse de 21 cm); elle a été réutilisée comme marche d’un petit escalier, à l’époque byzantine (Ve-VIe siècles), donnant accès aux gradins depuis l’orchestre. Cet emploi secondaire explique que la partie gauche de l’inscription ait été totalement meulée, pour permettre d’insérer la pierre dans la base de l’escalier; il en résulte nécessairement quelques incertitudes dans la restitution complète de l’inscription.

Musée d'Israël, Jérusalem

Photo : E. Pastore

Le texte comportait quatre lignes; de la quatrième ligne, il ne reste qu’un accent aigu. La moitié de la partie droite est cependant très bien conservée : on y lit facilement (voir la fig. 2), ce qui se traduit : « … (un) Tiberium… Ponce Pilate… préfet de Judée… ».

  

Photo : InterBible

Le « S » devant Tiberium peut être ce qui reste d’un mot faisant référence aux habitants de Césarée. Mais à quoi peut bien correspondre un Tiberium? De toute évidence le nom fait référence à l’empereur Tibère (14-37 après J.-C.), fils adoptif et successeur d’Auguste. L’accent aigu sur le E indique qu’il s’agit d’un monument appelé d’après le nom de l’empereur. Mais quelle peut être la nature de ce monument?

 

Tous ceux qui se sont intéressés à cette inscription ont aussitôt pensé à un temple dédié au « divin Tibère ». On sait qu’Auguste fut divinisé quelques jours après sa mort, et que Tibère veille à lui faire construire des temples et à organiser son culte. Des mouvements naquirent aussitôt pour diviniser aussi, de son vivant, Tibère lui-même. L’Empereur résista poliment à ce vœu, déclarant que ce n’est qu’après sa mort qu’un empereur peut être ainsi honoré, s’il fut un bon empereur; sa volonté ne fut toutefois pas toujours respectée. Mais la formulation même du texte écarte une telle possibilité : pour qu’il puisse s’agir d’un temple, il faudrait que Tibère soit mentionné comme le destinataire (en latin, son nom devrait être un datif comme Tiberio) du monument, ce qui n’est pas le cas. Il ne reçoit donc pas le monument; seul son nom est utilisé pour le définir, comme on utilise le nom du roi Mausole d’Halicarnasse pour désigner un monument funéraire : mausoleum. Nous devons donc plutôt penser à un bâtiment civil que Ponce Pilate vient de faire construire; il fait montre à l’empereur du respect qu’il leur porte en lui donnant son nom. La dimension assez petite de l’inscription confirme d’ailleurs cette interprétation; une inscription dédicatoire identifiant un temple consacré à Tibère devrait être beaucoup plus grande. Voilà pourquoi Lemonon suggère qu’il puisse s’agir plutôt d’une place publique, d’un bâtiment administratif, ou encore d’une colonnade car un portique d’Aphrodisias, en Asie Mineure, portait justement ce nom de Tiberiéum. Le verbe exprimant l’action de Pilate qui était inscrit à la quatrième ligne doit donc être un FÉCIT (« a fait », et non un DEDICAVIT (« a dédié »), comme le suggère la grande majorité des lecteurs.

Le titre officiel que porte Ponce Pilate en tant que représentant romain dans la province de Judée, clairement lisible à la troisième ligne de l’inscription, vient clore une longue discussion entre spécialistes. Philon d’Alexandrie, Tacite et Flavius Josèphe lui donnaient le titre de procurator (epitropos en grec), titre que l’ensemble des historiens ont retenu; le même Josèphe et les auteurs du Nouveau Testament, par contre, ne lui donnent que le titre de chef (hêgemôn en grec), qui semble beaucoup trop vague.

 

Sous les empereurs Auguste et Tibère, le titre de procurator n’impliquait qu’une autorité limitée à l’administration de propriétés impériales, ce qui ne correspondait certainement pas à la fonction exercée par Pilate en Judée. C’est le titre de præfectus (préfet) qui normalement aurait dû lui être octroyé. En effet, ce titre, d’abord attaché à une fonction militaire au temps de César, impliquait l’exercice du pouvoir administratif d’une province, avec juridiction civile et criminelle. Ce n’est que sous Claude (41-54 après J.-C.) que le titre de procurator recouvrait aussi celui de præfectus. L’inscription clôt donc le débat. Ponce Pilate était bien un préfet, et non un simple procurateur comme les anciens historiens nous le laissaient entendre; ces derniers ont tout simplement utilisé le titre usuel à l’époque de leur activité littéraire. Quant au Nouveau Testament, il peut être un simple témoin du flottement de la titulature vers la fin du règne de Tibère et avant l’avènement de Claude, qui ne retint que celui de procurator pour ses administrateurs de provinces du type de celle de Judée. Ainsi, nous pouvons traduire cette inscription mutilée : « Pour les habitants de Césarée un Tiberium … Ponce Pilate … préfet de Judée … a fait ». 

l'anneau gravé

Une autre découverte plus récente atteste la présence de ce Ponce Pilate, à un poste de gouvernance, dans la région où a vécu Jésus-Christ. Le quotidien israélien Haaretz daté du 29 novembre 2018, révèle, en effet, que le nom de Ponce Pilate a été identifié sur un anneau retrouvé il y a 50 ans dans la région de Bethléem en Judée.

Photo : La Croix

L’anneau découvert sur le site de fouilles archéologiques de Herodion a été examiné par des experts de l’Université hébraïque de Jérusalem. L’identification du nom de Ponce Pilate a été rendue possible grâce à l’utilisation d’une caméra spéciale, mise à disposition des laboratoires de l’Autorité israélienne des antiquités. Les lettres mises au jour sont issues de l’alphabet grec ancien et composent le nom « Pilatus ». Les mots entourent l’image d’un récipient à vin.

Le professeur Dany Schwartz, de l’Université hébraïque, souligne dans le quotidien israélien que le nom fait très probablement référence au personnage cité dans les Évangiles. « Pilate était un nom très rare dans la Palestine du Ier siècle, note l’archéologue. Je n’ai pas connaissance d’un autre Pilate de la même période. Et la facture de l’anneau démontre qu’il appartenait à une personne très aisée et de haut rang. »

Il s’agit d’une bague de sceau, un objet courant à cette époque, utilisée pour sceller les lettres et des documents officiels avec un tampon de cire. « Les chercheurs pensent qu’il a été employé par le gouverneur dans ses activités quotidiennes, ou qu’il appartenait à l’un de ses fonctionnaires ou à une personne de la cour, qui l’aurait utilisé pour signer de son nom. »

 

Un autre indice confortant l’hypothèse que l’objet est bien associé au Ponce Pilate des Écritures, est le fait que ce genre d’anneaux étaient caractéristiques des représentants de l’ordre équestre dans la Rome antique. Un groupe de citoyens auquel appartenait le gouverneur.

qui était ponce pilate ?

Selon la tradition, Ponce Pilate est un chevalier romain du clan samnite des Pontii (d'où son nom latin, Pontius Pilatus). En 26, l'empereur Tibère, sur le conseil de son favori Séjan qui protège Pilate nomme ce dernier procurateur de Judée, ou plutôt préfet selon une inscription découverte à Césarée. Pilate, cependant, s'attire l'inimitié des Juifs qui lui reprochent d'insulter leur sentiment religieux : il aurait ainsi laissé exposer dans Jérusalem des images de l'empereur et fait battre des monnaies portant des symboles religieux païens. Après la chute et l'exécution de Séjan, en 31, Pilate se trouve davantage exposé aux critiques acerbes des Juifs. Ces derniers, tirant peut-être profit de sa vulnérabilité, obtiennent qu'il confirme la condamnation à mort de Jésus de Nazareth décidée par le Sanhédrin (Jean, XIX, 12). En 36, les Samaritains dénoncent Pilate à Vitellius, légat de Syrie, après la sévère répression de leur rassemblement au mont Garizim. Rappelé à Rome pour être jugé pour cruauté et oppression, et en particulier pour avoir fait exécuter des hommes sans véritable procès, Ponce Pilate est alors destitué. Selon l'Évangile de Nicomède, récit apocryphe du IVe siècle, il se serait tué sur les ordres de l'empereur Caligula en 39.

Le caractère de l'homme en lui-même ne peut qu'être déduit des récits postérieurs, juifs et chrétiens, en particulier ceux de l'historien juif Flavius Josèphe et du Nouveau Testament. Les descriptions de Josèphe, apparemment cohérentes, le présentent comme un chef romain impétueux, strict et autoritaire qui, bien que rationnel et pragmatique, ne sait jamais jusqu'où il peut aller, provoquant ainsi la révolte des Juifs et des Samaritains.

Le Nouveau Testament dépeint quant à lui Pilate comme un homme faible et indécis. Constatant que la foule préfère voir relâcher Barabbas plutôt que Jésus à l'occasion de la Pâque (Marc, XV, 6 sqq.), Pilate capitule. Lorsque son épouse lui fait savoir que cet homme l'a tourmenté dans ses songes (Matth., XXVII, 19), il se lave les mains de cette sentence de mort, rejetant toute responsabilité sur l'empereur. D'après l'évangile de Jean (XIX, 7-11), Pilate accepte l'interprétation chrétienne des paroles que professe Jésus et rejette la version des Juifs, qui lui rappellent que Jésus s'est simplement présenté comme « le roi des Juifs » (XIX, 21). Le récit que fait ce texte du jugement rendu par Pilate devant un tribunal situé devant sa demeure correspond en outre parfaitement à la procédure romaine. Le Nouveau Testament brosse clairement un portrait accablant de Pilate, mais il est avant tout préoccupé par l'émergence des premières communautés chrétiennes, qui trouvent de plus en plus d'écho parmi les gentils et s'efforcent de ne provoquer en aucune manière les autorités romaines.

Ce texte est tiré de « PONCE PILATE, procurateur romain (26-36) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 septembre 2020. URL : https://www-universalis--edu-com.studeo.icp.fr/encyclopedie/ponce-pilate/

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